Les courants d'inspiration du travail qui relie

En une vaste synthèse, la démarche du Travail qui relie intègre et nourrit à la fois les réflexions et pratiques du mouvement de l’écologie profonde et celui de l’écopsychologie. Elle s’appuie également sur des apports de nouvelles visions scientifiques (Théorie des systèmes, théorie Gaïa) mais aussi sur les traditions spirituelles du Bouddhisme et de peuples racines.

L'Ecologie Profonde

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La force et l’originalité de l’écologie profonde est de nous amener à prendre en compte le problème majeur des relations que nous entretenons avec le reste du vivant. Comment l’humanité est-elle arrivée à ce point critique dans l’évolution où la survie de notre espèce et de millions d’autres espèces est en jeu ? Cet état de fait révèle un dysfonctionnement culturel profond, celui d’une civilisation basée sur la conquête et la domination de la « nature ». Prenant ses distances avec une écologie technicienne, l’écologie profonde interroge notre vision du monde et nos valeurs en mettant en perspective leurs effets sur la toile du vivant.

Mais elle offre aussi une nouvelle vision sur la manière d’aborder les crises en cours en transformant la relation que nous entretenons avec la terre et les autres qu’humains, dans une reconnaissance radicale de notre interdépendance et de la tâche urgente de changer de paradigme.

 

D’un point de vue philosophique, l’écologie profonde marque le passage d’une vision anthropocentrique à une vision écocentrique. Tous les êtres vivants possèdent une valeur intrinsèque, indépendante de l’utilité qu’ils pourraient revêtir pour les humains. La nature n’est pas un stock de ressources à exploiter ou un décor à préserver. La richesse et la diversité des formes de vie ont également une valeur en soi car elles contribuent à l’épanouissement de la vie sur terre. Ainsi ce courant de pensée s’inscrit en opposition à une vision utilitariste de l’environnement, une vision qui verrait l’humain comme séparé et supérieur à une nature dont il pourrait user pour répondre à ses propres besoins.

 

Mais nous n’avons pas seulement à apprendre à penser différemment notre rapport au vivant. Il s’agit aussi d’apprendre à le ressentir différemment. Comme le souligne le philosophe Arne Naess, à l’origine de l’appellation deep ecology, « les changements politiques nécessitent des changements affectifs en nous ». L’écologie profonde est à la fois un courant intellectuel et un mouvement social rassemblant des personnes avant tout mues par un lien affectif fort aux lieux et aux êtres vivants. Elle développe un sentiment de commune appartenance à la toile de la vie et d'identité élargie où les « autres qu'humains » sont des sujets avec lesquels nous pouvons entrer en relation.

Outre la voie de Joanna Macy, d’autres approches invitent à explorer de nouvelles manières d’entrer en relation avec les « autres-qu’humains ». En apprenant à trouver le chemin de la rencontre avec l’âme, Bill Plotkin ouvre à l’importance vitale de cultiver toutes les facettes innées de notre « entièreté » (wholeness), une approche développée dans son livre Wild Mind. David Abram explore quant  à lui la question du langage dans son ouvrage Comment la Terre s'est tue ?: Comment sommes-nous devenus sourds à ce qui nous entoure ? Comment tenter une forme de communication qui ne nous extrait pas de notre expérience palpable de faire pleinement partie de la toile du vivant ?

L'écopsychologie s’intéresse aux interrelations profondes entre la Terre et la psyché humaine. Comme le résume Michel-Maxime Egger: “Elle ouvre des pistes théoriques et pratiques dans une double perspective: D'une part, mettre en lumière les composantes psychologiques et émotionnelles des crises écologiques et avancer dans la compréhension de nos relations souvent déséquilibrées avec la nature.

D'autre part, replacer les souffrances et pathologies humaines dans un contexte écosystémique et donner une place au vivant et à la nature dans les démarches thérapeutiques.”

 

Ecopsychologie, retrouver  notre lien avec la Terre, Michel-Maxime Egger, Jouvences, 2017

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Les écopsychologues redonnent voix et valeur aux émotions difficiles, telles que la tristesse, la colère, la peur, l’impuissance face à l’état de notre planète. Le fait de reconnaître ces émotions et de les exprimer (comme dans les ateliers de TQR), ouvre un espace de réponse (de feed-back) aux innombrables violences exercées par la société de consommation capitaliste à l’encontre du vivant.

 

Sooner or later, we must respond and that means allowing ourselves
to enter a phase of desolation and hopelessness, in short, to grieve

Joanna Macy

 

Dans sa version radicale, ce courant offre un regard profondément politique sur le monde car il remet en question la voie empruntée par nos sociétés et, en particulier, par le monde psycho-médical. Comme le souligne James Hillman, notre vision de la santé en est bousculée: que veut dire « aller bien » dans une société que l’on pourrait considérer comme malade, car s'attaquant à la viabilité de l'écosystème qui l'accueille? Doit-on s’adapter à un monde qui détruit le vivant, en nous et autour de nous ?

L’écopsychologie ré-articule vie psychique et systèmes d’oppression, mal-être des personnes et dégradation de la planète, comme étant intimement liés au capitalisme et à la technologie. Selon Andy Fisher, « l’objectif de l’écopsychologie est d’œuvrer à la récupération de notre capacité à percevoir cette violence et à lui répondre », la réponse passant notamment par l’identification des tendances au déni – déni de la vie – dans notre société et par le projet de « laisser remonter une soif authentique pour un monde davantage centré sur la vie ».  

 

Certains écopsychologues font un pas de plus et s’ouvrent à une dimension originelle, spirituelle et sacrée de la nature. La Déesse mère Gaïa rejoint ici la Pachamama, la Terre-mère de la cosmologie andine. 
 

                                                                 

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“Peut-être qu’en nourrissant les lieux et les créatures de notre louange  généreuse et de notre gratitude, de notre mémoire et de nos larmes, nous revitalisons notre propre relation avec la Terre sauvage, et qui sait, l’Anima Mundi, 

l’âme du monde elle-même!”


Geneen Haugen.